Une maison d'artiste

Louttre.B a passé une grande partie de sa vie dans le Lot. Ce lieu a été pour lui à la fois un lieu d'inspiration, un lieu de création mais aussi un prolongement de son œuvre.
Après son père qui a laissé de multiples traces dans la maison et les alentours, inscrivant une fresque dans un oratoire qu’il construit, créant un jardin de buis, Louttre.B investit plus largement les espaces : recréant l’intérieur de l’église, peuplant les bois attenants de sculptures monumentales et de ruine romantique ou installant sur la pente d’une combe un jardin composé de pierres levées.

« Cet endroit est une source, un réservoir de formes et de paysages. J’y ai puisé le goût du travail manuel, et les outils pour le faire. » 

Louttre.B

 

Douze sculptures monumentales, 1965-1966

Après la mort de son père en décembre 1964, Louttre investit le bois de chêne en contrebas de la maison familiale. Il commence au début de l’année 1965 par une première sculpture faite de pierres taillées et assemblées qu’il installe à gauche de la mare. Ce premier essai lui donne envie d’investir plus avant le bois et au cours des deux hivers suivants, ce n’est pas moins de onze sculptures monumentales qui émergent dans le bois.

 

Elles épousent et définissent les ondulations naturelles du terrain. Huit d’entre elles circonscrivent un espace circulaire, sorte de « cirque » dans lequel s’inscrit un ensemble de trois sculptures positionnées l’une à proximité immédiate des deux autres.

Ces onze sculptures relèvent de deux types : celles qui privilégient un format en hauteur, que Louttre avoue phalliques -en toute innocence-, et celles  dont la largeur est plus importante que la hauteur. 

« J'aime les travaux immobiles que j'ai réalisés dans le Lot; ils ne sont ni négociables ni déplaçables, seulement conçus pour ce lieu. Mes sculptures en béton sont accrochées au rocher. »

Toutes ont été réalisées de la même façon : un solide coffrage de planches de bois définit les dimensions de l’œuvre future –hauteur, largeur, épaisseur-. Du béton teinté par le sable jaune du Lot est coulé jusqu’à remplir le coffrage. Quelques heures plus tard, dès que le béton a suffisamment pris, le bloc est décoffré et travaillé par Louttre.B dans le frais avec une hache laissant apparaître les formes de la sculpture qui s’affine et se précise au fur et à mesure de son durcissement avec un ciseau et une masse. Pour finir, la surface est piquetée afin de donner un aspect légèrement grenu au béton.

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Eglise Saint-Pierre de Boissierette : une oeuvre complète

La première référence connue d’une église à Boissierette date de 1455. Ce bâtiment a totalement disparu.

L’église actuelle a été construite en 1834 grâce aux donations des paroissiens. Ils étaient une centaine en 1900. Après le décès vers 1905 du dernier prêtre attaché à l’église, la paroisse est rattachée à celle de Marminiac. L’église est de moins en moins fréquentée, le bâtiment se dégrade progressivement. 

En 1965, l’artiste Louttre.B décide de réparer l’église. Il commence par le gros œuvre puis entreprend sa décoration intérieure. Il la conçoit d’emblée dans sa globalité, ce qui donne aujourd’hui au visiteur ce sentiment d’harmonie et de paix.

Louttre.B imagine et réalise le plafond peint, le sol en mosaïque de galets et de pierre de Crayssac, l’autel et le chemin de croix en béton coloré de sable de Marminiac, les chandeliers et la grille du confessionnal en fer forgé ainsi que la broderie et la fresque qui ornent le mur derrière l’autel. La broderie en fil de laine laisse apparaître par les espaces laissés libres le mur décoré de motifs de fleurs peints en ocre et gris. Les cinq vitraux de l’église ont été réalisés par l’atelier du verrier Paul Viriglio. Les deux de gauche en entrant, à partir de cartons de Roger Bissière, les deux de droite en entrant et l’oculus au-dessus du porche, à partir de cartons de Louttre.B. 

Le Christ en croix est un fac-similé de celui de Roger Bissière, daté de 1938.
Les quatre tentures faites de tissus de jeans assemblés sont des œuvres de Laure Louttre-Bissière réalisées au cours des années 1990.

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Les admirateurs de l’heure, 1971

Louttre.B retrouve le plaisir d’inscrire dans le bois, un nouvel ensemble de sculptures en béton taillé et coloré (dont la couleur a aujourd’hui pratiquement disparu). Les six sculptures représentent des personnages entourant une horloge monumentale et intemporelle qui ouvre sur le paysage, clin d’œil sans doute à l’urgence qui prédomine dans nos sociétés modernes.

Les accessoires des figures –collier, cheveux– sont en tuiles et fer forgé.

Ayant pris le parti de s'écarter autant que possible de l'agitation parisienne, ayant aussi décidé de ne pas se laisser happer par les dictats et les obligations de l'avant-garde, l'artiste choisit sa propre temporalité. 

Les admirateurs de l'heure, 1971.

 

Le jardin de pierres dressées, 1976

Pour concevoir ce jardin de pierres dressées, d’environ 1 200 m2, Louttre.B dessine d’abord une maquette sur laquelle figure un ensemble de lignes doubles enserrant du « vide » : les lignes de cheminement du futur jardin, et du « plein » : préfigurant les massifs de pierres ou les monticules de castine formant obstacle à la déambulation.

Installé en bas de la combe, le jardin se signale visuellement au marcheur par un rassemblement de pierres monumentales disposées les unes à côté des autres suivant un plan triangulaire. En poursuivant la pente descendante, le jardin est dessiné directement sur la terre par des alignements de pierres plates dressées les unes à côté des autres.

Ils enserrent tantôt des monticules de castine ou des ensembles de petites pierres dressées, tantôt des espaces vides qui définissent un parcours de visite. 

« J'ai envie que ce soit comme un lieu de promenade, où on erre. Pour moi, c'est un lieu pour rêver. » 

La fascination que Louttre.B éprouve pour les pierres monumentales dressées, menhirs et dolmen nombreux dans le Lot est certainement à l’origine de cette installation qui s’apparente au land-art par son ampleur et son inscription dans la nature. On ne peut s’empêcher de penser aussi aux dessins monumentaux gravés dans le paysage que l’on ne découvre que vu du ciel.

Une boutade lancée par un de ses amis, comparant l'oeuvre à cimetière, lui vaudra le surnom parfois utilisé de cimetière des milliardaires

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La villa Dominique, 1985-1992 

Les prémices du projet trouvent leur origine en 1978, dans la mise en œuvre pratique de ses études d’architecture par sa fille Dominique. Le plan  circulaire qu’elle adopte est inspiré par les bories, cabanes de pierres sèches assemblées sans mortier, construites traditionnellement dans le sud de la France et dans le sud de l’Italie, qui servaient autrefois d’abris à outils ou de poulaillers.

Louttre.B propose à sa fille de s’inspirer d’une technique utilisée pour la construction de remblais le long des autoroutes qui consiste à compacter ensemble des pierres (tout-venant) dans un grillage de fil de fer type « cage à poules » pour former des blocs d’environ 1m de long sur 50cm de hauteur et autant d’épaisseur. La mise en œuvre ne s’avère pas être un succès. On  se résout alors à continuer avec de la pierre à bâtir. Les murs s’élèvent, mais s’interrompent dès lors qu’on réalise pleinement qu’il sera impossible, vu la circonférence de 6 mètres de couvrir la maison d’une toiture en pierre sèche.

La villa-borie s’installe alors dans l’immobilisme, finissant par ressembler autant à une ruine qu’à un chantier interrompu.

Louttre.B reprend alors le projet dans les années 80, repensant le site comme une ruine romantique à l’italienne : Herculanum et Pompéi qu’il a visités l’ont beaucoup impressionné. Il couvre la villa d’une toiture "décollée", comme le font les archéologues pour protéger leurs fouilles. Il recouvre l’intérieur de fresques qu’il vieillit. Il ceinture la villa d’un banc extérieur qui consolide le bas des murs et donne à l’ensemble un air "du sud ", en badigeonnant l’ensemble à la chaux - influence grecque-. Il réalise à l’intérieur un  sol en pisé au motif en spirale. Un vitrage est réalisé en culs de bouteille.

 

Dans l’encadrement d’une des deux portes se trouve une sculpture représentant un homme. Une femme devait se tenir devant l’autre porte… 

 

L’ultime intervention de Louttre.B a été l’ajout de la colonnade tronquée qui entoure la villa. Elle devait alterner avec des ifs et des genévriers pour conférer à l’ensemble un côté hors du monde, sombre et mystérieux. La végétation en a décidé autrement.

 

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 © 2020 Louttre.B 

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